5 initiatives pour limiter le gaspillage alimentaire dans la grande distribution

Gaspillage alimentaire dans la grande distribution

Aujourd’hui en France, le gaspillage alimentaire représente 10 millions de tonnes de nourriture consommable chaque année, soit près de 150kg par personne. 14% proviennent de la grande distribution. Ces chiffres donnent le tournis mais illustrent parfaitement la problématique à laquelle doit faire face ce secteur. Des progrès ont été faits, notamment grâce à la loi Garot (2016) qui oblige les grandes surfaces de plus de 400m² à donner leurs invendus à des associations, mais les pertes sont encore trop importantes pour crier victoire … Heureusement, de plus en plus de solutions s’offrent aux grandes surfaces. Petit tour d’horizon de 5 initiatives pour limiter le gaspillage alimentaire dans la grande distribution.

1- Agir sur la date de péremption

Les dates limites de consommation indiquées sur les emballages sont à l’origine de 170 000kg de gaspillage alimentaire par an. Selon une étude de l’association WRAP, plus de 50% des aliments seraient jetés sans être ouverts à cause de cette date. Pour réduire ces chiffres vertigineux, plusieurs solutions sont envisageables.

Tout d’abord, rendre plus claire la mention « à consommer de préférence avant le ». Car contrairement à ce que beaucoup de français croient, une fois cette date passée, le produit ne présente aucun risque pour la santé : il perd seulement une partie de ses qualités gustatives et nutritionnelles. Pour cela, l’association France Nature Environnement propose d’ajouter 3 petits mots à la suite de cette mention : « et aussi après ». Dans la même veine, certaines marques ont choisi d’inscrire « meilleur avant le ». Un geste simple, qui permet de rappeler que le produit reste consommable bien après la date indiquée.

Certains magasins ont également décidé de prolonger la durée de consommation conseillée de leurs produits. C’est par exemple le cas de Carrefour qui, après plusieurs mois de tests, a repoussé les dates de plus d’une semaine sur de nombreux produits laitiers. L’enseigne est même allée plus loin en supprimant la date limite de consommation de produits non périssables, comme le sel et le sucre par exemple.

Enfin, certains vont encore plus loin en modifiant le rythme de mise en rayon des produits. C’est le cas du groupe Delhaize, qui a fait le choix de ne pas approvisionner les rayons avec des produits dont la date de consommation est encore longue. L’idée est d’éviter que les clients ne cherchent les produits avec la date de consommation la plus lointaine alors qu’ils ont toutes les chances de consommer le produit dans les jours suivants.

 

2- Repenser les conditionnements

Le conditionnement permet d’expliquer une partie du gaspillage alimentaire en France. En effet, nombreux sont les produits qui sont vendus dans des quantités prédéfinies, comme les yaourts par exemple. Les consommateurs sont alors contraints d’acheter dans des quantités trop importantes par rapport à leurs besoins, augmentant ainsi le risque de gaspillage alimentaire.

Le vrac, la vente à l’unité ou à la coupe, les emballages refermables, et la réduction de la taille des conditionnements sont autant de solutions qui permettraient de résoudre en partie le problème. De plus en plus de grandes surfaces proposent quelques-unes de ces possibilités, mais un travail plus en profondeur est nécessaire, notamment en ce qui concerne la taille des emballages. Par exemple, les conditionnements en conserve sont souvent trop grands pour des personnes seules ou les couples. En discutant d’une réduction de la contenance des boîtes de conserve avec les fournisseurs, les grandes surfaces pourraient proposer des produits plus adaptés aux besoins de ces publics.

Malgré tout, un produit bien conditionné ou vendu en vrac peut ne pas trouver preneur, occasionnant alors un gaspillage monstre. Pour l’éviter, ou du moins en réduire la proportion, de plus en plus de grandes surfaces se lancent dans le reconditionnement d’aliments abimés ou dont la date limite de consommation est proche. Fruits et légumes recoupés et vendus en salades, poissons et viandes cuisinés et vendus en plats, produits reconditionnés en « packs » plus attractifs pour les consommateurs … Le reconditionnement permet d’éviter une partie du gaspillage alimentaire en revalorisant des invendus.

Gaspillage alimentaire : reconditionner les fruits abîmés
Découper et reconditionner les fruits abîmés sous forme de salades de fruits ou de jus est un bon moyen de lutter contre le gaspillage alimentaire dans la grande distribution

 

3- Faire des promotions anti-gaspillage

Autre initiative qui se démocratise dans la grande distribution : les promotions anti-gaspillage. Souvent appliquée sur des produits dont la date limite de consommation est proche, cette pratique permet aux grandes surfaces d’éviter de jeter leurs produits, et aux consommateurs de profiter de prix intéressants tout en participant à la lutte contre le gaspillage alimentaire. Cette approche gagnant-gagnant est de plus en plus populaire : selon une étude menée en 2018 par Comerso, 92% des magasins ont recours au stickage pour écouler des produits avec des dates courtes.

Ce type de promotions peut également prendre d’autres formes et faire appel à des intermédiaires. De nombreuses applications anti-gaspillage ont vu le jour ces dernières années. Parmi elles, Too Good To Go ou encore Zéro Gâchis, permettent aux particuliers d’accéder à des « paniers » à des prix très compétitifs.

Sur le même principe, la chaîne de magasins Nous anti-gaspi rachète les produits ne correspondant pas au cahier des charges des distributeurs, ayant un packaging abimé ou livrés en retard, et les propose avec des réductions de 20 à 30% en moyenne. Sur les étals de l’enseigne, on retrouve donc des œufs trop petits, des carottes tordues, des chocolats avec un packaging de Pâques, des yaourts un peu cabossés, des chutes de morceaux de viande issues de la découpe … En bref, des produits consommables et souvent qualitatifs, mais qui ne remplissent pas les critères de la grande distribution. Fort de son concept, Nous anti-gaspi a déjà ouvert plusieurs magasins dans le Grand-Ouest et continue sont développement vers la capitale.

 

4- Sensibiliser les consommateurs

Près de 55% du gaspillage alimentaire en France vient des consommateurs. Les sensibiliser et les éduquer sur le sujet est donc primordial pour réussir à avoir un réel impact sur le sujet. Plusieurs enseignes ont déjà pris cette initiative via des campagnes de pub ou en magasin. L’une des plus connues est « Les fruits et légumes moches » d’Intermarché. La campagne a été suivie par de plusieurs enseignes, comme Monoprix, Super U, ou Auchan par exemple. Aujourd’hui, de nombreux magasins proposent des stands de produits « moches », vendus environ 30% moins chers que les « sans défaut ».

Gaspillage alimentaire : campagne Intermarché, fruits et légumes moches
Affiches de la campagne “Les fruits et légumes moches” d’Intermarché (2014)

De plus en plus d’enseignes de la grande distribution sensibilisent et forment leurs équipes sur le sujet. Ces formations permettent aux salariés de comprendre l’intérêt des changements qui leurs sont imposés et leurs donnent des outils pour les intégrer et les mettre en pace au mieux.  En découlent notamment une meilleure gestion des stocks et du réapprovisionnement des rayons, une meilleure efficacité des équipes dans ces nouvelles missions et un plus grand engagement de leur part.

 

5- Valoriser les déchets

Il n’est pour autant pas toujours possible d’éviter le gaspillage alimentaire : les produits périmés, excessivement abîmés ou trop fragiles pour supporter le transport jusqu’aux locaux des associations représentent des centaines de tonnes de déchets pour les grandes surfaces. La plupart du temps, ces déchets sont traités comme des « déchets industriels banals » (DIB) et ne sont donc pas valorisés.

Mais des solutions se développent pour agir à cette étape. En effet, une partie des aliments impropres à la consommation humaine sont encore tout à fait consommables par les animaux. Valoriser ses déchets via l’alimentation animale est donc une option que de plus en plus de magasins choisissent.

Autre possibilité pour valoriser les déchets alimentaires des grandes surfaces : le compostage. Les aliments non vendus constituent une source de biodéchets presque intarissable. Certains magasins choisissent ainsi de confier leurs déchets à des entreprises spécialisées pour qu’ils soient transformés et deviennent des fertilisants.

Enfin, la méthanisation se démocratise rapidement. La plupart des prestataires responsables de la collecte des déchets des grandes surfaces proposent ce type de valorisation, et plusieurs grandes enseignes, comme Auchan et Carrefour, ont déjà adhéré au concept.

 

Grâce à ce type d’initiatives, le gaspillage alimentaire dans la grande distribution peut être grandement réduit, apportant des bénéfices économiques mais aussi écologiques.

 

Vous avez d’autres exemples d’initiatives de ce genre ? N’hésitez pas à les partager dans les commentaires !

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