La pollution numérique, ou la nouvelle lutte

L’utilisation d’internet est devenue indispensable. En 2018, près de 9 français sur 10 ont utilisé internet, dont 8 d’entre eux de façon quotidienne (1). Ce chiffre en permanente évolution n’est que le reflet d’une société de plus en plus connectée. Toutefois, la transition énergétique doit être prise en compte car chaque action virtuelle a un impact réel sur la planète.
 

La pollution numérique, ça vous dit quelque chose ?

A l’heure où la transition numérique bat son plein, la problématique de la pollution causée par celle-ci alerte. Elle traduit l’ensemble des impacts environnementaux négatifs causés par la relation humaine et le digital : depuis la conception des outils numériques jusqu’à sa phase de fin de vie, en passant par la consommation d’énergie liée à internet durant sa période d’utilisation.

Responsable d’environ 4% des émissions des gaz à effet de serre dans le monde, soit plus que le transport aérien civil (2), cette situation ne va pas en s’arrangeant au vu de la digitalisation croissante des activités et de la démocratisation des technologies de l’information et de la communication. A ce titre, si Internet était un pays, il occuperait la 3e place du classement des plus gros pollueurs après la Chine et les États-Unis.

Malgré cela, la prise de conscience de ce phénomène néfaste reste très faible en France : en 2018, 73% des français déclaraient ne jamais avoir entendu parler d’écologie digitale (3). Cette mobilisation vise à réduire l’impact carbone du numérique tant en faisant changer les comportements des individus qu’en repensant les infrastructures de stockage des données du net et les usages des entreprises.

Faire durer ses équipements, mettre en veille ou éteindre ses appareils, vider ses caches et ses boites mail, limiter son usage sur le cloud, se désabonner des newsletters, diminuer sa consommation de vidéos en ligne et éviter la lecture HD, utiliser des moteurs de recherche plus verts (tels que Lilo ou Ecosia), etc, : l’internaute commence lui aussi à prendre conscience des bonnes actions qu’il doit adopter pour réduire son empreinte.

Pour stocker l’ensemble de ces flux d’informations, plus de 4000 data centers fonctionnent 7jours /7 et 24 heures/24, ce qui représente environ un tiers de la pollution causée par le numérique. Appartenant majoritairement aux GAFA, les géants du web – en particulier Facebook, Apple et Google – se sont engagés depuis quelques années déjà sur la voie du renouvelable pour tendre vers une alimentation de ces centres de données 100% issue d’énergies propres.

               

Et la stratégie digitale des marques, on en parle ?  

Outil majeur de communication, la Toile est désormais le lieu où se démultiplient les interactions entre marques et consommateurs. Que ce soit sur les réseaux sociaux, les applications, les sites web, dans les newsletters ou les vidéos en ligne, la communication digitale des marques requiert beaucoup d’énergie.

Pour les entreprises, lutter contre la pollution digitale n’a pas seulement pour objectif de préserver l’environnement, il s’agit également d’un argument marketing. En effet, pour 60 % des Français, les entreprises ne sont pas suffisamment impliquées dans l’écologie digitale alors que 80 % d’entre eux seraient plus fidèles à une marque si celle-ci s’engageait positivement dans cette démarche (3).

Au niveau de la stratégie digitale des entreprises, des pratiques plus éthiques doivent se mettre en place sans compromettre leur visibilité. Elles peuvent dès lors agir sur l’éco-conception de leur site web. Cela peut se faire en choisissant un hébergement vert qui investira dans des systèmes de compensation carbone et en optimisant le code source pour alléger les calculs du processeur (mise en cache des contenus, réduction des redirections, désactivation de logs…). Il s’agira aussi de privilégier un design « mobile first » afin d’inciter à utiliser le smartphone plutôt que l’ordinateur (en veillant à la sobriété et l’ergonomie du site), de repenser l’utilité de chaque contenu et fonction du site afin d’éviter que celui-ci ne soit lourd et énergivore mais aussi de choisir des formats de médias légers (comme le .jpg ou le .mp4) et réduire les animations. Adopter une démarche de communication digitale verte nécessite aussi d’agir sur ses campagnes de mailing en limitant l’envoi de ses newsletters, en rationalisant le nombre d’e-mails envoyés, en réduisant le poids de ceux-ci et en faisant un tri dans ses bases de données. Selon une étude réalisée en 2004 par l’ADEME, le simple envoi d’un mail d’1 mégaoctet (1 Mo) génèrerait plus de 15 grammes d’émissions de CO2, soit l’équivalent de l’utilisation d’une ampoule de 60 watts pendant une vingtaine de minutes.

Remettre en cause sa consommation énergétique constitue également une véritable démarche RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises) pour attirer des talents de plus en plus en quête de sens et à la recherche d’entreprises engagées. Lors de la recherche d’emploi, pour 76 % des millenials, l’engagement social ou environnemental d’une entreprise est un critère plus important que le salaire (4).

Y’a de quoi revoir ses pratiques non ?

 

Laura L

(1) « Baromètre du numérique 2018 » réalisé par l’ARCEP, le CGE et l’agence numérique.
(2) Rapport de juillet 2019 « Climat, l’insoutenable usage de la vidéo en ligne » – Lean ICT, The Shift Project]
(3) Etude « les français face à l’écologie digitale » menée par Occurrence, pour l’ONG Digital for the planet en 2018
(4) Etude de l’agence Cone Communications, CSR Study, 2017

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9 commentaires sur “La pollution numérique, ou la nouvelle lutte”

  1. Changement des mentalités, changement de pratiques. Les entreprises s’y mettront si elles y trouvent un intérêt. Quand l’économique passe avant l’humain….

  2. Un article tres intessant qui pousse à la réflexion et à la prise de conscience d’une forme de polution importante encore méconnue du grand public.

  3. Article intéressant ! Comme quoi il n’y a pas de solution simple pour répondre aux problématiques actuelles… Les entreprises commencent à peine à s’engager dans le 0 papier, ont-elles consciences que la digitalisation n’est pas la panacée ?

  4. on pourrait nous faire croire que la technologie va dans le sens de l’écologie (moins de gaspillage car beaucoup moins de papier, etc.….) mais oui, il y a un impact environnemental très important lié à la pollution numérique sur lequel aujourd’hui on ne se penche pas assez, alors il est temps effectivement de s’en préoccuper.

  5. Très bon article qui rappelle une réalité très présente qui œuvre dans l’ombre sans trop de bruit ; et pourtant….
    Pourrait être utilisé à titre pédagogique en terme de réflexion et d’analyse.

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